(Rédigé par Dre Nancy Drouin, Bureau vétérinaire St-Zéphirin, membre du groupe EssorVet)
Depuis la dernière décennie, le monde agricole, qu’il soit relié à la grande culture ou à la production animale, est sans cesse confronté à la réalité environnementale actuelle: réduire le méthane, limiter les engrais et protéger l’eau et les sols. La protection de l’eau, ça passe avant tout par sa récupération! Christian Jutras, propriétaire à la cinquième génération de la ferme laitière Valnico à Sainte-Brigitte-des- Saults a su, bien malgré lui, faire face à un défi de taille: récupérer les précipitations sur le toit de son bâtiment principal afin d’aider à subvenir aux besoins impressionnants en eau sur sa ferme.
En effet, depuis novembre 2020, Christian utilise un système de séparation du lisier (mélange de fumier, d’urine et d’eau) qui permet d’isoler la fibre végétale et la matière organique de la partie liquide du lisier. Cette procédure à elle seule requière 500 gallons d’eau par jour, et cela est sans compter l’eau qui servira à l’abreuvement des vaches, celle pour le lavage des équipements et de la machinerie, celle pour l’arrosage des champs, etc. La ferme n’est pas desservie par les services d’aqueduc de la municipalité et déjà en mars 2021, Christian traverse un premier épisode de pénurie d’eau à la ferme, au point où il manque d ’eau pour prendre une simple douche! Ses 3 puits artésiens ne peuvent répondre à la demande.
Christian s’est retrouvé pendant quelques jours à devoir utiliser la neige pour combler le manque d’eau pour la séparation des lisiers. Il a dû aller se chercher une réserve d’eau de 1000 gallons à la municipalité afin d’effectuer le lavage du lactoduc.
En janvier 2024, une ultime carence en eau l’amène à réaliser qu’il doit trouver une solution. En explorant les avenues possibles, il découvre que le programme gouvernemental Prime-vert offre une subvention aux producteurs qui désirent aller de l’avant avec un plan de captation de la pluie. C’est ainsi qu’en novembre 2024, un réservoir de 80 000 litres (21 000 gallons) est installé à la ferme Valnico, tout près de l’étable. Un système de gouttières est mis en place pour récupérer l’eau de pluie qui tombera sur le toit du bâtiment de 300 pieds de long par 70 pieds de large.

Ferme Valnico, Ste-Brigitte-des-Saults, propriété de M. Christian Jutras et exploitée depuis 1880 (90 vaches en lactation)

Arrivée du réservoir à la ferme Valnico
Ce réservoir, une fois plein, permet une autonomie en eau pendant environ 45 jours. Il s’agit d’une eau sans nutriment, pouvant contenir des excréments d’oiseaux et ne pouvant pas servir à abreuver les animaux, mais cela importe peu, car elle sert par-dessus tout à la séparation du lisier pour la production de litière. Cependant, Christian a réalisé qu’il suffit de quelques jours de précipitations pour que le réservoir se remplisse complètement, et qu’avec nos hivers québécois, même pendant les mois les plus froids, une journée de pluie en février ramène le niveau d’eau à la capacité maximale.
Si bien que maintenant, l’eau si facilement accumulée ne sert plus seulement à alimenter le séparateur, mais également au lavage de la machinerie. Christian songe même, moyennant un ajustement du pH, à utiliser les trop-pleins pour l’arrosage des champs. Enfin, il réalise une grande économie en traitement d’eau. En effet, il doit traiter l’eau de ses puits au chlore avant de l’utiliser pour abreuver les vaches. Puisque ses puits artésiens sont beaucoup moins sollicités qu’auparavant, la quantité de chlore utilisée est considérablement réduite.

Réservoir pouvant contenir jusqu’à 80 000 litres d’eau de pluie
Depuis avril 2025, Christian est en collaboration avec la Polytechnique de Montréal qui réalise un projet de recherche sur la récupération des eaux pluviales. Dans une ère où un agriculteur doit constamment jongler avec l’environnement, la rentabilité, les réglementations et les attentes sociales, on peut dire que la ferme Valnico a fait un pas de géant face à tous ces enjeux. Le système de captation des eaux pluviales permet de réduite la pression sur les nappes phréatiques, une meilleure résilience face aux périodes de sécheresse, une diminution des coûts en eau et en énergie et certainement une perception positive de la société et des consommateurs.

M. Christian Jutras, fier propriétaire de la ferme Valnico, à Ste-Brigitte-des -Saults
Rédigé par Dre Nancy Drouin, Bureau vétérinaire St-Zéphirin, membre du groupe EssorVet
